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![]() Le patinage artistique, sport où l'effet gracieux, la recherche de l'élégance, le désir de plaire et de "faire esthétique" comptent tout autant que la "technique" et "l'athlétique", peut-il prétendre au label de sport à part entière? N'est-il pas plutôt un art? La réalité est à mi-chemin: il conjugue les deux à la fois?
Les discussions toujours passionnées sur le sujet et cette remise en question quasi permanente de la notion de "vrai sport", sont de toute façon sans objet puisque le Comité Olympique International (CIO) a logiquement choisi d'inscrire d'entrée cette belle discipline au programme des premiers jeux Olympiques d'Hiver, à Chamonix, en 1924, après l'avoir antérieurement intégrée aux Jeux d'Eté en 1908 et 1920. Le CIO, à preuve du contraire, ne changera rien. Remettre en question le label olympique du patinage artistique est si peu d'actualité que sa médiatisation, sa popularité extrême, n'ont cessé de croître au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, avec un indice d'audimat percutant aux Etats-Unis: deuxième sport à la télé! Autant de facteurs favorables pour se maintenir à un sommet majestueux. D'autant qu'au cours des trente dernières années, d'authentiques stars ont rayonné comme Peggy Fleming (Etats-Unis), le couple Irina Rodnina-Alexandre Zaitsev (Russie), John Curry (Grande-Bretagne), Toller Cranston (Canada), Robin Cousins (Grande-Bretagne), Scott Hamilton et Brian Boitano (Etats-Unis), Katarina Witt (Allemagne) et plus récemment Oksana Baïul (Ukraine), le couple Ekaterina Gordeieva-Serguei Grinkov (Russie), Michelle Kwan et Tara Lipinski (Etats-Unis), Kurt Browning et Elvis Stojko (Canada), Ilia Kulik (Russie)... L'école française, pour sa part, est fière aussi de ses champions prestigieux (sans parler des danseurs): Andrée et Pierre Brunet, double champions olympiques de couples (1928-1932) et quadruple champions du monde (1926-1928-1930-1932), Jacqueline du Bief, championne du monde (1952), Alain Giletti et Alain Calmat, champions du monde respectivement en 1960 et 1965, Patrick Péra, double médaillé olympique, Patrick Pera, double médaille olympique et, plus récemment, Surya Bonaly et Philippe Candeloro sur les podiums mondiaux ou olympiques. Dans le but de conserver son standing et de mieux doubler le cap de l'An 2000, le patinage artistique a dû aussi se moderniser sous l'autorité de la Fédération internationale, l'ISU (International Skating Union, fondée en 1892). Suppression notamment, en 1990, des anachroniques figures imposées (ou figures d'école), et volonté affichée de mettre de l'ordre au niveau de la clarification du système de classement, principalement au plan du jugement et des cotations, grâce à l'apport partiel de la vidéo et une répartition par tirage au sort plus rigoureuse des juges composant des jurys désormais renouvelés à chaque passage. La recherche maximale de l'impartialité est en effet un souci constant dans ce sport à jugement humain - son charme, son mystère, le suspense dans le kiss n'cry (1) à la lecture des notes sur 6 en technique et en artistique- car il a été trop souvent critiqué à la suite de combines manifestes, du temps de la rivalité est-ouest, voire quelques scandales retentissants. Le patinage artistique, qui peut être masculin ou féminin et se pratiquer aussi en couples, spécialité éminemment spectaculaire et même périlleuse - la danse sur glace constituant une famille à part -, n'a en tout cas plus rien à voir aujourd'hui avec ce qu'il était au temps où il se pratiquait comme un divertissement sur des patinoires naturelles (lacs ou étangs), ni même au temps où Sonja Henie, la jolie blonde Norvégienne d'Oslo, qui devint star à Hollywood, cumulait titres mondiaux (dix de 1927 à 1936) et titres olympiques (trois: 1928-1932-1936) et faisait fantasmer les messieurs. Quelques pionniers sont en effet passés par là pour anoblir et embellir l'exercice d'une discipline par ailleurs superbement harmonieuse grâce à l'évolution glissée sur la glace, à la faveur de poussées avant (le pas des patineurs), de poussées arrière, de croisés qui accentuent la vitesse de déplacement, de courbes ou spirales, d'arabesques, sans parler des pirouettes sautées, assises, allongées, cambrées, avec changements de pieds... (ou la fameuse pirouette pied-tête de la Suissesse Denise Bielmann). Si les Américains Jackson Haynes, les Norvégiens Lutz et Axel Paulsen, le Suédois Ulrich Salchow, etc... grands précurseurs ou inventeurs de sauts, ont donné, à l'origine, au patinage, un élan et un nouveau visage, on est passé à des prouesses techniques de plus en plus remarquables avec les triples sauts et le premier quadruple boucle piqué (quatre rotations) réussi lors des Championnnats du monde en mars 1988, au Mondial à Budapest, par le Canadien Kurt Browning. L'intrépide Surya Bonaly, en plusieurs circonstances le tenta également et faillit même le réussir au Mondial, à Munich, en 1991. La Japonaise Midori Ito fut, elle, la première femme à passer le triple axel, au Mondial à Paris, en 1989 . Les meilleurs patineurs masculins, en l'An 2000, multiplient désormais les triples y compris en combinaisons et tentent le quaduple. On notera, à ce sujet, que sur les six sauts classiques, les plus difficiles sont dans l'ordre l'axel avec appel vers l'avant, puis le lutz et le flip (piqués), le boucle, alors que le salchow et le boucle piqué sont plus faciles. Parallèlement à la technique, l'évolution s'est aussi accomplie au plan artistique avec l'apparition de chorégraphes auprès des entraîneurs, la composition plus affinée des programmes musicaux et le choix de thèmes favorisant une meilleure mise en scène sur la glace. L'esprit aussi a changé. La distinction entre amateurs (éligibles) et professionnels (non éligibles) est de plus en plus délicate à établir. Des sommes d'argent considérables sont en effet mises en jeu, autant dans le circuit dit amateur (Grand Prix ISU) que dans le circuit dit professionnel, sans parler des tournées, galas et exhibitions pour tous. L'instauration de pro-am, ouverts aux deux élites, ajoute-t-elle au risque d'une certaine confusion des genres ? L'ISU, heureusement, veille à ce que les abus soit évités. (1) Littéralement: rire et pleur. Emplacement où les concurrents, aux côtés de leurs entraîneurs, s'installent après avoir effectué leur programme pour prendre connaissance de leurs résultats. |
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